Les démons

Baignant dans le milieu sans trop le connaître au final mes attentes étaient infinies, sans réellement être présentes. En toute honnêteté oui la durée me faisait peur mais j’aimais me dire que c’était ma longue journée qui en était la cause et non pas parce que je craignais de paraître novice, étrangère à ce monde. Si des pièces de quatre heures existent c’est la norme n’est-ce pas ? J’étais heureuse et craintive. Heureuse car j’avais l’opportunité de mettre enfin de nouveau les pieds dans un théâtre et craintive d’apprendre à connaître ce Dostoïevski dont on m’avait tant parlé.

Et ces deux sentiments m’ont aidé à me retrouver au sein des divers personnages de la pièce. Comme cette femme un peu folle, burlesque et caricaturale mais ayant le plus les pieds sur Terre, ou comme ce cher Nicolaï qui est rongé au fond par cette peur et qui est sûrement le seul personnage dont j’ai retenu le nom…

Notre entrée et accueil étaient peu singuliers quoique déjà vus. Mais au moins on est mis à l’aise dans cette grande salle de théâtre. Les voilà nous servant des coupes de champagne. Je ne bois pas mais j’apprécie et ris du geste. Au fond de la salle je vois deux comédiens dénudés. La crainte revient. Les nombreuses fois où ma sœur est rentrée du théâtre gênée à cause de comédiens s’étant exhibés me reviennent à l’esprit. Encore une fois je désire et veux me sentir à ma place, je feins de ne pas être dérangée et prie pour que ce soit de courte durée. C’est fou comment notre regard est attiré vers ce qui nous dérange. Je mène un combat avec moi-même, le moi qui accepte ces choix de mise en scène et le moi qui ne peut se mentir et reste mal à l’aise. Au fond tous ces questionnements restent purement égoïstes mais on ne peut pas renier ce qu’on est. Et cette réflexion que je me fais, qui ne doit certainement pas vous intéresser, me rappelle de nouveau le conflit que mène Nicoalaï durant la pièce, celui mené contre lui-même, ses démons, son égoïsme…

Au final dans cette frénésie on ne sait pas trop quand la pièce commence… Elle a commencé mais nous restons éclairés. De nouveau, malaise… Mais j’apprécie. Le jeu de certains me plait, je ne comprends pas tout mais la pièce continue d’avancer, parfois sans moi, sans nous, sans « eux ». La vitesse qui emporte les dialogues, les spectateurs m’est agréable. J’admire ces tirades scandées dans un seul et unique souffle mais on en fatigue et eux aussi… Et c’est dommage, comme l’avait dit un spectateur « Pourtant ça avait bien commencé ».

Pour dire vrai j’ai apprécié la pièce. Peut-être est-ce car j’allais de nouveau au théâtre, comme une grande. Ou parce que de par leur jeu j’ai été séduite. Ou alors… La beauté ! Il en parlait ce vieil homme, celui dont le nom commençait par un S je crois. « Il n’y a rien sans beauté. » Et bien moi je trouvais la scénographie belle. Elle avait sa place sur mon Instagram. J’aime « le visuel » « le superficiel » et visuellement si l’on pouvait j’aurai mis pause à la pièce pour admirer ces instants magnifiques. Je me retrouvais même à imaginer la confection de certains éléments de décor par moment.

En écrivant cette critique j’ai l’impression d’être comme la fin de la seconde partie : je tourne en rond. Je n’arrive pas à entrer dans le vif du sujet, tout tourne autour de moi et de ce que j’ai ressenti.

Je ne trouve pas les bons mots pour exprimer mon avis face au message de la pièce, la manière dont le discours a été porté, comment la politique et la religion sont devenues dérisoires. Je pense réellement avoir besoin de temps pour digérer tant la pièce était fournie, vide, plaisante et décevante à la fois. Et surement lire le roman m’aidera à y avoir mieux. Mais comme j’aime les choses claires je tiens à dire que la pièce m’a tout de même plu.

Alyssia