Le MOI de la danse

Après maintes réflexions j’ai finalement cédé à la tentation et accepté de donner un cours de danse gratuit aux Subsistances lors du MOI de la danse. Dans un élan de courage j’ai proposé d’initier le public à la danse kabyle traditionnelle. Originaire de Kabylie en Algérie cette danse ancestrale m’a été apprise très jeune, je me suis donc dit que c’était l’occasion de mettre à l’honneur mes origines assez peu répandues en dehors de notre communauté.

Arrivée sur les lieux une demi-heure à l’avance je vois déjà au sein de la cour une personne portant un panneau « danse kabyle 17h ». On me fait attendre à la buvette le temps que la salle de danse se libère pour que je puisse m’installer. Je retire donc ma veste et ma tenue traditionnelle intrigue, les regards se posent, les enfants s’approchent, on me demande d’où je viens, les origines de ma danse et même si je ne suis pas mexicaine.

16h45 sonne, me voilà dans la salle de danse accompagnée de quelques proches pour m’aider à me détendre avant de faire face à l’inconnu. J’avais déjà enseigné de la danse, mais jamais celle-ci et jamais envers des gens que je connaissais pas du tout. Je revois brièvement la petite chorégraphie que j’ai créée sur une de mes chansons préférées « Sidi Belwa ». Je suis de nouveau un peu nerveuse, comment apprendre en 30min la technique de la danse kabyle alors que j’ai pris au moins 8 ans de ma vie à l’avoir… Dans tous les cas je m’attendais à voir passer la porte que quelques uns de mes amis et autres personnes d’origine kabyle.

Une petite poignée de personnes franchit la porte, et puis soudainement plus d’une trentaine de personnes remplissent la salle. Étonnement, stupéfaction, joie, stress… Déjà je n’aurai jamais assez de foulards pour tout le monde, ni le temps de travailler au cas par cas mais surtout je ne m’attendais pas à autant d’intérêt pour ma culture. Les enfants m’entourent, admirent la tenue et me demandent des foulards. Je leur propose d’abord de s’asseoir pour ma présentation. Me voilà à demander qui connait « la danse kabyle » et de nouveau j’en tombe des nues : personne. Ils ne connaissaient pas et sont venus, l’émotion m’envahit. Je me dois donc de bien expliquer l’origine de cette danse, de mon peuple. Je fais une légère démonstration sur un air d’orchestre « ambulant » qu’on appelle « Ideballen ». Les gens tapent des mains, m’encouragent je suis un peu plus à l’aise.

Je passe donc 30 minutes à essayer d’aider au maximum ces personnes à réussir à se déhancher comme une vraie kabyle et je meuble le reste du temps en ajoutant des pas avec un second foulard pour ne pas rendre la danse trop monotone. Une bonne ambiance s’installe dans la salle, le fait de leur avoir proposé de faire des duos rend le cours encore plus sympathique, les enfants dansent entre eux, avec leurs parents ou grands-parents. Je vois du coin de l’œil un couple âgés danser en amoureux et étrangement le mari effectue inconsciemment des pas de danse que les hommes kabyles font habituellement alors que je proposais un cours de danse de femmes. J’en ai le baume au cœur. Je vois quelques personnes se décourager, et je comprends : c’est une danse très dure, pas du tout habituelle et connue du grand public mais certains ne se découragent pas et ça ne fait qu’agrandir mon sourire.

Les 30 minutes sont passées, même une de mes amies n’ayant jamais dansé sous mes yeux a cédé et s’est mise au fond de la salle pour danser avec nous. Les enfants me remercient, ceux sont peut-être ceux qui m’ont le plus touchés. Je comprends que certains sont d’origine kabyle et je suis heureuse que le flambeau soit encore transmis. J’en ressors émue et je vois dans les yeux de ma mère de la fierté… Je ne pouvais demander plus.

Tanmirt !

Alyssia

Crédits > fluttering cloth by Olena Panasovska from the Noun Project