Histoire d’un regard : le photographe reporter de guerre Gilles Caron

A propos du film « Histoire d’un regard : le photographe reporter de
guerre Gilles Caron » de Marianna Otero au CNP Bellecour

La documentariste Mariana Otero, réalisatrice de plusieurs films (dont
L’assemblée, Entre nos mains, Histoire d’un secret), dresse ici un portrait à la fois politique et intimiste de Gilles Caron, mort au Cambodge en 1970 à l’âge de 30 ans. La mort du photoreporter fait écho à la mort de la mère de Mariana Otero, artiste peintre, morte en mars 1968 d’un avortement clandestin et souligne le caractère fragile de la vie et du regard de la réalisatrice sur de Gilles Caron. Le film n’est toutefois pas un film psychologique mais plutôt un travail de reconstitution et de mise en valeur des clichés laissés par Gilles Caron. Il raisonne comme un double hommage : un hommage à l’art de la photographie et un hommage à cet aventurier, mort derrière son objectif.

Travaillant pour l’agence Gamma et ayant côtoyé les plus grands (Depardon et Cartier-Bresson), Gilles Caron a fait une carrière fulgurante dans les années 1964-1970. Il a réalisé des clichés couvrant presque tous les évènements des années 1970 (de la guerre de 6 jours, au Biafra en passant par le Vietnam, le printemps de Prague et l’Irlande du Nord). Mariana Otero remonte à ces rouleaux de pellicules numérotés pour rendre hommage au travail du journaliste. Le film se noue autour d’un cliché de Cohn-Bendit, narguant avec un sourire espiègle et altier, un policier de mai 68. C’est ce cliché qui a fait connaître le photographe et qui a lancé sa carrière. Lassé de photographier les « peoples » pour Paris Match, Gilles Caron se lance donc dans le photoreportage et devient un véritable globe-trotter au point d’en oublier sa vie de famille. Alors qu’il est appelé au Cambodge pour photographier les Khmers rouges, Gilles Caron, alors âgé de 30 ans, y connaîtra un destin funeste, lui qui rechignait à repartir et à quitter ses proches (sa femme Marianne et ses deux filles Marjolaine et Clémentine qui ne l’auront pas, ou peu connu).

Bien choisi, le titre du film « Histoire d’un regard », évoque le regard historique laissé par Gilles Caron sur les évènements politiques du monde à travers ses milliers de clichés, mais aussi le regard bienveillant de la réalisatrice sur son œuvre.

Noémie

Crédits > Camera by Alex Muravev from the Noun Project