Les siffleurs

Les siffleurs de Corneliu Porumboiu

Ce film roumain est un polar dont l’intrigue, bien ficelée bien qu’un peu complexe, raconte l’histoire de Cristi (Vlad Ivanov), un inspecteur de police corrompu, qui débarque sur une petite île des Canaries, La Gomera, où une bande de truands espagnols se charge de lui apprendre le Silbo, une langue qui a la particularité d’être sifflée et permet aux locaux d’échanger à distance d’une montagne à l’autre. Leur objectif est d’organiser l’évasion d’un des leurs, Zsolt (Sabin Tambrea), ouvrier dans une usine de matelas et assis sur un pactole à 30 millions d’euros issus du trafic de drogue. Pour cela, Cristi doit apprendre à siffler avec Kiko et la belle Gilda (Catrinel Marlon), une brune femme fatale incendiaire et polyglotte qui joue les intermédiaires et le détourne de sa mission. Problème de taille : le fameux Zsolt est sous la surveillance de la procureure Magda (Rodica Lazar), la supérieure hiérarchique directe de Cristi, ainsi étroitement pris entre deux feux.
Le film est découpé en plusieurs chapitres successifs centrés sur l’un des personnages. La langue sifflée utilisée pour échanger des informations en échappant à la surveillance policière est une langue réelle qui est aussi le sujet du film franco-germano-turc Sibel. De scènes de poursuites en scène de fusillades, le film regorge d’allusions ouvertes à des scènes classiques du film noir (la scène où Gilda assassine le gérant de l’hôtel dans la douche est un pastiche d’une scène de Psychose d’Hitchcock), la scène du règlement de compte où Cristi, percuté par une voiture, se retrouve dans une chambre d’hôpital, ne pouvant plus parler et regardant un film en compagnie d’un infirmier, film qui n’est autre que Fenêtre sur Cour de Hitchcock. On a alors une mise en abyme. Après une visite de Gilda, qui simule un RDV immobilier, dans la demeure de la mère de Cristi, pour savoir ce qu’est devenu son mari, le film touche à sa fin. Il se termine par les retrouvailles des deux amants dont l’un est devenu muet (Cristi), sur un fonds de musique de Strauss et un spectacle de sons et lumières grandiose. En conclusion, on peut voir dans ce film une réflexion sur la corruption et la vidéosurveillance qui se distingue de la nouvelle vague du cinéma roumain et de ses compatriotes réalisateurs Cristian Mungiu et Cristi Puiu.

Noémie B.

Crédits > Whistle by Samy Menai from the Noun Project