Mother

Mother (2009), Bong Joon-Ho

« Mother » est avant toute chose un très beau film, à la beauté plastique, primaire, qui transparait dans chaque scène, dans chaque plan. Fermement ancré dans la réalité sociale crue, parfois sordide des petites villes et des petites gens, il s’en dégage pourtant par la sophistication de la mise en scène une atmosphère poétique et surréelle qui confère au métrage la résonance universelle des grandes tragédies. Il y a ici de la matière, de l’épaisseur entre les personnages, rendue palpable par l’utilisation soigneuse de plans rapprochés sur les corps ou les visages et d’une profondeur de champ attentive au moindre détail, à l’image de ces bâtons d’encens dont un gros plan remplace avantageusement les vastes étendues champêtres de « Memories of Murder » en introduction. Ce dispositif visuel étouffant et claustrophobe, au plus près des protagonistes, parvient à rendre le spectateur captif d’une intrigue à la cruauté inéluctable dont les acteurs sont autant prisonniers qu’ils le sont du paysage social glacé et hermétique au sein duquel ils évoluent. L’intrigue en forme de polar, délibérément abstraite, constitue ici un prétexte, un artifice, bien plus que dans les précédents métrages du réalisateur et permet de mettre en valeur le véritable propos du film. Cette fresque contemplative à la terrible beauté, poignante relation de la symbiose toxique entre une mère affamée d’amour et un fils à la coupable indifférence – meurtrier putatif d’une jeune adolescente à la dérive, constitue ainsi la meilleure illustration de l’aliénante dichotomie à laquelle les femmes se retrouvent confrontées dans un univers désespérément et violemment masculin : « mère » ou fille perdue.

– Paul

Crédits > Incense by Tanya Magdieva from the Noun Project