Lettre à Angélique,

A l’occasion de l’atelier d’écriture critique organisé le lundi 1er juillet 2019 à la Casaline de Saint Fons, et animé par l’auteur Mohammed El Amraoui (de l’association Dans tous les sens), Hélène a écrit cette lettre.

Très chère Angélique,

Après beaucoup d’hésitations, je profite d’un moment de répit –il ne fait que 26°- pour te faire part de mes impressions à la lecture d’un des livres que tu m’as prêtés pour l’été. Hésitations dues à ma gêne. Je l’ai perdu, ou prêté à mon tour, et pas moyen de remettre la main dessus.
Bien sûr, je le remplacerai d’autant que  tu m’as dit l’importance qu’il avait pour toi.

Malheureusement, j’en ai complètement oublié le titre. Tu peux imaginer ma confusion. En revanche, je me souviens très bien de la photo de couverture : Une femme de dos, face à un paysage plutôt évocateur de grands espaces. Marins ? Quelque chose comme le bord d’une falaise qu’elle regarderait en la surplombant. Cette femme est debout, elle porte une robe d’été à petits motifs de fleurs. Ce n’est pas une robe fluide mais plutôt près du corps, une robe année cinquante, comme sa coiffure en chignon bas sur la nuque. Rien à voir avec des vacances.

Est-ce que tu vois de quel ouvrage il s’agit ? Un petit livre, quoi, 180 pages peut-être…
Il raconte, et c’est pourquoi tu me l’avais prêté, l’histoire d’une femme qui attend le retour de son fils aîné. J’ai trouvé l’histoire de cette femme très intéressante, en particulier, les rapports avec son mari et ses deux autres enfants, suggérés  de façon nuancée et sensible.  Et la faille intime provoquée par le départ de ce fils, la juxtaposition de ses deux vies dans le même personnage… Celle qui tient son rôle, agit comme on attend d’elle qu’elle le fasse. Celle qui attend et qui écrit à son fils.

C’est dans les lettres à son fils que j’ai eu du mal.
Je n’y crois pas à ce festin décrit dans l’anticipation de l’attente. Ça sent le labeur de l’écrivain qui cherche l’idée originale et poétique et cela faisait monter en moi une exaspération grandissante. Pour te dire, j’en venais à compter le nombre des pages consacrées à ce festin en me disant «  il n’y en a que 2 pages ½ ». A mon avis, ces lettres adressées à son fils entrelardent un récit qui s’en serait bien passé. Je les trouvais indigestes, mièvres et artificielles. Toujours cette histoire des mères qui se sacrifient, offrent leur douleur, et ne sont que guimauves dégoulinantes dés qu’il s’agit de leurs enfants.

Bon, bon, bon, je me calme ! Je sens que ça va nous donner l’une de ces discussions âpres dont nous avons l’habitude. Je te laisse le choix du lieu, une terrasse à l’ombre, tôt le matin ou tard le soir.

En attendant, merci de m’éclairer sur le titre de ce roman afin de pouvoir te le rendre.

A très bientôt,

Hélène